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#1 06-01-2009 22:27:06

Waylander
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Protocole Lune Rouge Episode 1 : Le Pouvoir de l'Intersect

Bonsoir à tous ! En ces temps de disette télévisuelle où Chuck est loin de nos écrans, j'ai décidé de revenir à un de mes passe-temps préférés quand une série me plaît, l'écriture de fanfics. Je posterai donc ici les différentes parties du premier épisode de ce que j'espère devenir une suite de fic (si mon emploi du temps et mon inspiration me le permettent). J'aimerais bien dire que j'ai éliminé toutes les coquilles et les fautes d'inattention, mais vu que j'en retrouve encore sur certains forums alors que je les ai postées il y a trois ans, je mentirais. Donc je vais simplement prier pour en avoir enlevé le maximum. Sur ce je vous souhaite une bonne (quoique courte) lecture, et je vous donne rendez vous pour la suite et le prochain partiel le plus vite possible.


John Casey arpentait les couloirs du Pentagone pour se rendre au rendez-vous que lui avait fixé sa supérieure, le Général Diane Beckman, en ruminant de sombres pensées. Il n'avait pas envie d'y aller. Oh, bien entendu, il était venu, évidemment. Il n'aurait jamais désobéi à un ordre mais... il ne supportait plus les bâtiments officiels, les bureaux, tous ces gratte-papiers qui n'avaient pas connu la difficulté du terrain ou la la douleur des blessures, qu'elles soient physiques ou morales. Rien que l'idée d'être dans le même lieu que tous ces planqués qui ignoraient ce que représentait la mort d'un compagnon ou l'échec d'une mission, l'un étant souvent le corollaire de l'autre. Il avait besoin d'être sur le terrain, au cœur de l'action, et le terrain avait besoin d'agents comme lui, déterminés, motivés, professionnels jusqu'au bout des ongles. L'année précédente, en décembre 2011, le dernier soldat américain avait quitté le territoire irakien. La guerre commencée en 2003, qui avait fait drastiquement baisser la popularité des États-Unis à travers le monde et provoqué de manière plus ou moins directe la perte du pouvoir par le Parti Républicain... ce conflit était à présent terminé. Officiellement, les américains étaient censés avoir laissé le destin du pays entre les mains de ses habitants, mais le Moyen-Orient dans son ensemble restant une poudrière, le pays grouillait encore d'agents de terrain, qui, sous diverses identités alternatives, appliquaient une politique beaucoup plus... officieuse. Alors qu'il se rendait d'un pas relativement réticent vers le bureau du Général en ce 29 septembre 2012, Casey se remémora qu'il n'avait pas vu la femme qui lui servait de supérieur en chair et en os depuis plus de trois ans.

Il soupira intérieurement, ce qui se traduisit concrètement par un grognement de frustration qui déforma son visage pour lui donner un air des plus féroces. Au même instant, une jeune secrétaire le croisa dans le couloir et ne put s'empêcher d'avoir un mouvement de recul devant les émotions négatives qui se lisaient sur le visage du militaire. Elle se colla contre le mur pour le laisser passer mais Casey ne remarqua rien, car pour la première fois depuis longtemps, il était plongé dans ses pensées et souvenirs, autant de réflexions qui l'amenaient immanquablement à la fin de la la mission Intersect. La fin était encore un mot trop gentil, d'ailleurs, il en avait conscience. Les mots « fiasco absolu » correspondaient beaucoup plus à la réalité. Voilà sans doute la raison majeure pour laquelle il ne prenait pas de pauses entre ses mission et ne s'éloignait jamais de l'action de terrain. Il ne voulait pas repenser à tout ça. Un briefing, un mission avec un début, un milieu, une fin, un debriefing, un nouveau briefing et ainsi de suite. Du travail, encore du travail, toujours du travail. Des véhicules a conduire, des bâtiments à investir ou faire sauter, des individus à capturer ou éliminer, il était prêt à faire absolument n'importe quoi tant qu'on ne lui demandait pas de repenser à ce qui restait à ce jour son échec le plus cuisant, échec qui avait particulièrement déçu le Général, qui l'avait regardé d'un œil suspicieux pendant plusieurs mois. Cependant, tout cela n'avait pas duré,  car, en se recentrant sur le côté « action » de sa profession et en privilégiant des missions de terrain particulièrement dangereuses, d'une difficulté ahurissante, il était parvenu à retrouver l'estime de Beckman d'une part, mais surtout à gagner deux grades en trois ans. De Major, il était passé Lieuntenant-Colonel, puis Colonel tout court, chose considérée impossible dans un laps de temps aussi restreint. Mentalement il était redevenu l'homme qu'il était avant l'opération Intersect : une bête de combat impossible à arrêter, inébranlable dans sa démarche de destruction de l'ennemi, qu'aucun sentiment n'entravait. Depuis trois ans il en était ainsi, et cela continuerait.

Heureusement pour lui, l'arrivée devant la porte du bureau de Beckman le tira du méandre de ses pensées pour le ramener à la réalité. Il frappa fermement en s'imaginant rapidement la conversation : elle allait l'assigner à une nouvelle opération, certainement très sécurisée, voilà pourquoi elle désirait le voir en personne et pas par écran interposé. La voix ferme de sa supérieure lui donna l'autorisation d'entrer et il s'exécuta. La pièce, relativement vaste pour un simple bureau baignait dans la lumière du milieu de matinée qu'une grande vitre à la propreté impeccable laissait passer depuis le côté Est. Le bureau de Beckman, le meuble proprement dit, se trouvait quant à lui contre le mur Nord et la porte que venait d'ouvrir Casey dans le mur Ouest. Les yeux du militaire se portèrent donc immédiatement vers sa gauche, et s'il aperçut effectivement le Général, appuyée à un confortable fauteuil en cuir, ce n'est pas cette vue qui capta son regard. Non, son cerveau resta plutôt entièrement focalisé sur la cascade de cheveux blonds appartenant à la femme qui se tenait assise sur une chaise devant le bureau. Celle-ci se retourna quasiment tout de suite quand Casey entra dans la pièce, mais même si elle avait continué de lui tourner le dos, il l'aurait reconnue absolument n'importe où. Les yeux de Casey se plissèrent, sa mâchoire se contracta et son corps tout entier se tendit, comme s'il se préparait au combat. Le regard de celle qui avait provoqué sa colère par sa simple présence, d'un bleu pur et doux une seconde avant, devint alors menaçant et meurtrier. En ce moment précis, s'ils avaient pu tuer en s'observant, ils seraient tombé raides morts tous les deux. Quelques secondes passèrent, d'une lenteur insoutenable, tandis que l'air de la pièce se remplissait de mépris et de colère à peine contenus. Finalement, le Général, qui espérait sans doute ne pas avoir besoin d'intervenir, poussa un soupir exaspéré et aboya d'une voix qui n'appelait aucune réplique :

« Colonel Casey ! Agent Walker ! Il suffit ! Nous n'avons pas de temps à perdre avec une rancœur vieille de trois ans ! Reprenez-vous immédiatement ! »

Pendant un court moment, elle pensa qu'ils ne l'avaient pas entendu. Ils continuaient à se jauger du regard, comme indifférent à tout ce qui les entourait. Elle s'apprêtait à lancer une autre répartie qu'elle espérait plus cinglante, mais le besoin ne s'en fit pas ressentir, car Walker tourna le dos à Casey pour revenir à sa position initiale, tandis que le Colonel leva les yeux au ciel en haussant les épaules avec un grognement de bête en cage. Beckman s'était attendu à des retrouvailles complexes, certes mais là, tous les pronostics étaient dépassés, et de très loin. Elle avait même cru voir la blonde agent de la CIA tenter d'attraper une de ses nombreuses lames cachées. En repensant à ce qu'elle allait leur annoncer, elle prit conscience qu'elle risquait d'empirer une situation déjà très tendue. Elle joignit donc les mains sur son bureau, fixa un point invisible sur le mur d'en face et expira discrètement, prenant quelques secondes pour se recomposer une expression neutre.

Cette pause, qui s'avéra très courte dans l'absolu, sembla bien plus conséquente à Sarah, qui bouillait de colère malgré le visage apparemment calme qu'elle arborait maintenant. Elle s'était douté que quelque chose n'allait pas dès la minute où ses supérieurs lui avaient indiqué qu'elle avait rendez-vous avec le Général Beckman dans l'enceinte du Pentagone, et qu'aucun autre officier de la CIA ne serait présent. Une réunion avec cette militaire qu'elle n'avait pas revu depuis trois ans, sans aucun collègue pour l'épauler, nul besoin d'être le nouvel Einstein pour deviner que cela ne pouvait signifier qu'une seule chose : un retour dans le passé qu'elle voulait oublier. La présence de Casey n'avait fait que confirmer une fois pour toutes ses soupçons. Beckman allait, sous un angle ou sous un autre, aborder la mission Intersect, et il était impossible qu'elle leur apporte des bonnes nouvelles. Pas après trois ans. Bien sûr Sarah était réaliste, elle l'avait toujours été, on lui avait appris à l'être. Un bon espion doit voir les faits, il doit oublier les émotions et les illusions qui en découlent. Donc il y avait déjà bien longtemps qu'elle avait abandonné tout espoir de voir la situation se redresser. Casey et elle avait échoué, l'Intersect avait disparu... Perdue dans ses pensées elle n'entendit que de très loin Beckman reprendre la parole :

« Je ne vais faire insulte ni à votre intelligence ni à ma patience en jouant aux devinettes. A présent que nous sommes tous les trois réunis, vous avez bien sûr compris pourquoi nous sommes là. »

Oui, l'Intersect avait disparu, et cela avait constitué une conclusion logique à une suite d'événements qui avaient pris des proportions incontrôlables. Casey et elle avaient multiplié les erreurs, s'étaient retournés l'un contre l'autre, chacun pensant que l'autre avait tort et au final... au final, celui qui avait payé le plus lourd tribut n'était autre que... Chuck.

« Nous avons obtenu, par un biais assez étrange d'ailleurs, des renseignements sur les conséquences  directes de l'opération Intersect. Nous connaissons le fin de mot de l'histoire. Charles « Chuck »   Bartowski a été retrouvé... »

Le fin mot de l'histoire... L'expression sonnait comme un glas funèbre dans l'esprit de Sarah. Elle revoyait en boucle le visage du jeune homme, blessé par ce qu'il voyait comme la trahison de ceux censés le protéger, disparaître derrière la porte d'un véhicule jamais retrouvé, conduit par les ennemis qu'ils affrontaient depuis deux ans. Malgré toutes les recherches, jamais aucun indice n'avait été découvert. Ils avaient dû le torturer, et elle aurait dû être là pour le protéger, pour le sauver, mais c'était sa propre stupidité qui avait provoqué ça. et voilà qu'après tout ce temps, on allait leur annoncer, à Casey et elle, qu'il était...

« Vivant. »

L'esprit de Sarah percuta si brutalement le mur de la réalité qu'elle resta sous le choc, comme assommée, pendant une bonne minute. Et si elle en jugeait par l'absence de bruit dans la pièce, Casey devait être lui aussi en train d'assimiler l'information. Les pensées négatives de la jeune femme, présentes en masse dans son esprit, venaient toutes d'exploser brutalement, dans une fantastique explosion qui laissait son cerveau entièrement vide, rempli par uniquement par un seul mot : « vivant ». Il était vivant. C'était la chose la plus improbable et la plus merveilleuse du monde en cet instant. Alors un déclic se produisit, et une émotion qu'elle n'avait pas ressenti depuis bien longtemps commença à se répandre dans le corps de Sarah. Pour la première fois depuis des années, elle... oui, même si elle ne parvenait pas à y croire elle-même, elle... retrouvait l'espoir. Elle parvint au prix d'un effort conséquent à conserver un visage impassible devant le Général et se retourna vers Casey doucement, très doucement. Ils n'étaient plus l'équipe invincible qui avait empêché de multiples dangers de blesser Chuck pendant deux ans, bien longtemps auparavant. Ils n'étaient plus ni amis, ni partenaires, ni même collègues. Juste deux être blessés s'attribuant mutuellement la faute du pire échec de toute leur vie. Pourtant, le regard que Sarah Walker, un des meilleurs agents de la CIA, lança à la plus efficace des machines à tuer de la NSA, John Casey, ne contenait plus ni colère, ni aigreur, ni reproche. Uniquement une détermination absolue et une évidence immanquable : au delà de leur colère, de leur haine, de leur mépris, de leur ressentiment, ils avaient une nouvelle mission. La plus importante de toutes.

Casey digéra lentement ce que sa supérieure venait de déclarer. Ses certitudes de ses trois dernières années venaient de se briser dans un fracas qui aurait été audible jusqu'à New-York s'il n'avait été contenu dans l'esprit du militaire. Il pensait que ce chapitre de sa vie s'était terminée par un point final retentissant, rempli d'amertume, de sang et de douleur. Un chapitre qu'il voulait oublier en accumulant les pages supplémentaires dans l'histoire de son existence, des pages plus glorieuses, qui retiendraient plus l'attention. Mais en entendant l'information quasi irréelle de Beckman, il comprit que tout ce qu'il croyait depuis trois ans était faux. Il avait pensé pouvoir enterrer tout ça dans un coin de sa tête et accumuler mission sur mission pour oublier, ou encore mieux, effacer, mais il avait tort. En cet instant, la vérité lui apparut clairement. La chose qu'il avait réellement  désiré au plus profond de son être, même s'il ne l'aurait jamais avoué, même sous la torture, était  de pouvoir transformer ce fameux point final en points de suspension. Il voulait écrire la suite de ce chapitre pour de multiples raisons mais surtout, surtout, parce que celui qui en avait le plus souffert ne méritait absolument pas ça. Alors quand il vit le visage de son ancienne partenaire se lever vers lui avec une expression de volonté inflexible, il se contenta de hocher la tête.

Beckman les regarda. Etaient-ils satisfaits ? Non, certainement pas. Elle avait lu leur rapport, trois ans auparavant. Elle avait eu des entretiens avec eux séparément puis en duo. Elle savait très bien qu'ils s'en voulaient mutuellement pour la disparition de Chuck. A dire vrai, il y avait de quoi. Ils avaient tous les deux pris des décisions ridicules, voire franchement discutables, dans les derniers mois et particulièrement les dernières semaines de la mission Intersect. Des décisions qu'ils s'étaient cachés l'un à l'autre bien entendu. Et le Général avait particulièrement conscience du fait qu'ils lui en voulaient aussi. Certains de ses ordres, selon eux, étaient directement responsables de la fin prématurée de l'opération. Peut-être avaient-ils raison, mais elle assumait complètement chacun de ses actes. En attendant, la seule chose qui importait était le fait qu'elle leur avait donné un nouveau but commun qui transcenderait leurs différences, et qu'elle avait désespérément besoin qu'ils travaillent à nouveau ensemble pour récupérer Bartowski le plus vite possible. L'opération Intersect venait de renaître de ses cendres...

Dernière modification par Waylander (06-01-2009 22:29:25)

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06-01-2009 22:27:06

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#2 09-01-2009 19:10:44

Waylander
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Re: Protocole Lune Rouge Episode 1 : Le Pouvoir de l'Intersect

Encore merci pour les messages d'encouragement, et voilà la suite ! Bonne lecture !


« Colonel, comptez-vous rester debout pendant toute la durée du briefing ? demanda le Général. Vais-je être obligée de vous signaler qu'il y a une chaise libre à côté de l'agent Walker ? Je vous l'ai dit, il est temps de mettre votre ressentiment derrière vous.
-Mon Général, avec votre permission, je désirerais ne pas m'asseoir durant cet entretien. Je pense que cela constituera pour moi une meilleure manière de... de... d'enregistrer les informations. »

Casey, en train de chercher ses mots ? Beckman comprit que, malgré le nombre astronomiques de debriefing qu'avaient subi les deux agents, elle peut-être avait sous-estimé les blessures provoquées par la perte de Bartowski. Une minute auparavant, elle se réjouissait de voir qu'ils étaient parvenus à une sorte d'accord tacite de non-agression, mais elle se demanda si cela suffirait pour qu'ils mènent à bien leur future mission. Cette interrogation était de toute manière superflue. Il fallait à tout prix retrouver l'ancien Intersect humain, pour beaucoup de raisons, y compris certaines qu'elle ne pouvait pas leur révéler. Elle posa les deux mains sur son bureau, exerça une légère poussée et se leva.

« Ma foi, après tout, à mission hors-normes, briefing hors-normes. Levez vous agent Walker, nous allons faire tout ceci de manière informelle. »

Comme Sarah quittait son siège, le Général se rendit jusqu'à l'immense vitre qui permettait à la lumière extérieure d'éclairer la pièce. Les deux agents, quasiment aveuglés par le soleil qui rentrait à flots, commencèrent à avoir du mal à apercevoir correctement la militaire qui, à contrejour, devint une ombre, une simple silhouette, une image floue, aussi mystérieuse que l'histoire qu'elle commença à leur raconter.

« Je ne vais pas revenir sur les circonstances de la perte de Bartowski, nous y avons passé suffisamment de temps, et je ne voudrais pas que vous recommenciez à vous sauter à la gorge. L'expérience a été suffisamment déplaisante au printemps 2009. A l'époque, comme vous le savez, il a été impossible de déterminer si l'un de vous portait plus que l'autre la responsabilité de l'incident final. Mais ce qui a été clair pour toutes les autorités compétentes, dont moi, c'est que vous n'étiez plus aptes à assurer une mission en commun, ni même individuellement, d'ailleurs, si elle touchait de près ou de loin à l'Intersect. Par conséquent, vous avez été réaffectés et l'intégralité de vos rapports transférée à de nouveaux agents, censés partir à la recherche de notre atout manquant. Je dois vous dire qu'en général, jamais je n'aurais considéré qu'un changement d'équipe à un moment aussi critique était nécessaire, surtout que vous faisiez partie des meilleurs. Renouveler entièrement un groupe d'action, c'est perdre l'expérience du terrain et des cibles acquise par les agents précédents. Vous étiez largement mieux placés pour mener les recherches, malgré votre échec, mais vous étiez... incontrôlables. »

Sarah ferma les yeux, tout se massant la mâchoire de la main droite. Elle pouvait encore sentir le poing de Casey s'écraser contre son visage, tout comme elle se rappelait le cri de douleur de son ex-partenaire quand, simultanément, elle lui avait enfoncé un poignard jusqu'à la garde dans la clavicule gauche. Cela n'avait pas empêché le Major, puisqu'à ce moment-là il l'était toujours, de continuer à se battre du bras droit. Il avait eu de la chance d'arriver à dévier son bras, en fait, car elle visait le cœur. Du sang... tellement de sang... et des os littéralement détruits. Les siens, ceux de Casey, mais aussi et peut-être surtout ceux des agents qui les avaient séparés. Dix personnes pour parvenir à les empêcher de s'entretuer, et à quel prix... Des nez cassés, des côtes brisées, des tendons déchirés... Sarah aurait été prête à massacrer tous ceux qui se trouvaient entre elle et la cible de sa vindicte et il en allait de même pour Casey. Trois ans plus tard, elle se rappelait encore de cette haine implacable, de ce voile rouge devant ses yeux, de son instinct qui ne lui criait qu'une chose : tuer ! Venger Chuck ! Elle pouvait toujours sentir la rage qui la rongeait alors et qui réclamait le sang du Major en sacrifice. Ce jour-là, telle une véritable furie, elle avait frappé, encore et encore, malgré les blessures que lui infligeaient son ennemi. Et elle était heureuse de souffrir ainsi, car elle le méritait. Aucune blessure qu'elle avait reçu pendant ce duel n'aurait pu égaler celle qui défigurait son âme et dont elle était l'unique responsable. Elle avait trahi l'homme qu'elle aimait, car après tout, même si elle l'avait nié à plusieurs reprises pendant les presque deux ans qu'elle l'avait connu, elle avait des sentiments très forts pour lui. Lui aussi, l'aimait,  il lui faisait confiance, et même s'ils ne l'avaient jamais dit à voix haute, tous les deux pensaient qu'un jour, peut-être... Mais non. Les dernières images qu'il avait emportées d'elle ne comportaient que trahison et mensonge. Sans doute était-ce en partie pour ça qu'elle avait montré tant de rage envers Casey et tous ceux qui avaient tenté de la calmer. Elle voulait les obliger à riposter de toutes leurs forces, car elle méritait de souffrir pour ce qu'elle avait fait. Tous les sentiments qu'elle avait contenus pendant deux ans, tous ces moments où elle s'était fait violence pour être l'impertubable agent Walker et pas Sarah, la jeune femme qui aurait bien passé ses journées au Buy More rien que pour rester avec Chuck, toute la frustration liée à ces moments perdus en vain... s'étaient déchaînés.

Elle rouvrit les yeux et eut un sourire désabusé : si Casey et elle avaient agi de manière professionnelle immédiatement et avait compris qu'ils avaient intérêt à s'entretuer après avoir retrouvé Chuck, ils aurait pu continuer la mission. De nouveaux agents n'aurait pas eu à prendre leur place pour ramasser les morceaux. Mais en y réfléchissant, aurait-elle été capable d'agir comme un agent et pas comme une femme amoureuse ? Elle en doutait fortement, même aujourd'hui, tout comme elle était quasiment certaine que Casey, complètement déphasé à ce moment là, n'avait plus les moyens de se comporter comme un agent aurait dû le faire. Des semaines, non, des mois de sous -entendus, d'émotions refoulées, de dissimulation, avaient explosé en même temps et qui attendait, prêt à saisir l'occasion de capturer Chuck dans la confusion ? Fulcrum, bien entendu. Mais peu importe qu'ils en aient été capables ou pas, ils auraient dû trouver en eux la force nécessaire. Elle jeta un regard en coin à Casey : il était lui aussi plongé dans ses pensées, sa main posée sur la blessure que Sarah lui avait infligée. Il tourna les yeux vers elle, et pour la première fois depuis longtemps, très longtemps, elle eut l'impression de voir quelque chose dans son regard... quelque chose de son ancien partenaire. Alors, oubliant complètement que le Général avait des éléments nouveaux à leur expliquer, elle déclara :

« Nous aurions dû être sur le terrain, John. Pas à l'hôpital recouverts par des kilos de plâtre. Chuck...
-Laisse tomber, Walker. Si tu n'as toujours pas compris maintenant, tu ne comprendras jamais. J'ai autre chose à faire que t'écouter ressasser cette histoire, et on gaspille le temps du Général. »

Sarah tourna violemment la tête, les lèvres pincées et les poings serrés. Il ne changerait donc jamais ! Toujours à jouer les Terminator... Incapable d'être réceptif au moindre sentiment, une vulgaire machine. Pourtant elle avait cru le voir changer durant leur période avec Chuck... Mais c'était bien fini. C'est la voix de Beckman qui capta à nouveau son attention :

« Colonel, c'est la première fois en trois ans que l'un de vous tente d'établir une communication... Je dirais même que c'est la première fois en trois ans que l'un de vous emploie le pronom « nous ». Pendant votre... conflit, vous vous êtes insultés, battus, rejetés la faute l'un sur l'autre, mais vous n'avez jamais fait référence à votre duo. Absolument jamais. Elle essaye, Casey, elle essaye. Alors, allez-vous essayer vous aussi, de votre propre initiative, ou dois-je vous en donner l'ordre officiel ? »

Elle essayait... L'expression du Général parvint, miraculeusement, à adoucir Casey. Il s'approcha à moins d'un mètre de Sarah et la fixa dans les yeux. Elle essayait... Soudain Casey comprit... beaucoup de choses. Il se rappela qu'elle avait entre quinze et vingt ans de moins que lui, qu'elle avait perdu le premier homme qui lui avait véritablement offert une autre vision du monde, et que même si elle était en partie responsable, elle n'était qu'une jeune femme perdue. Capable de tuer n'importe qui n'importe comment, certes. Pouvant sans problème séduire tous les hommes de la planète en battant des cils, oui. Mais face à Chuck elle était sans défense, à nu. En réalité, Casey pris conscience qu'en face de Chuck, lui aussi n'était que John Casey. Un être humain. Peu importait ses muscles, son entraînement, sa résistance mentale, son mépris des émotions. Chuck avait comme une aura qui détruisait toutes les barrières. Même si aucun d'eux ne le reconnaîtrait jamais en face d'un autre agent officiel fédéral, le jeune homme les avait changés. Alors, par respect pour lui, peut-être était-il temps, comme l'avait souligné le général... d'essayer. Même si bien sûr il nierait férocement avoir essayé quoi que ce soit, évidemment. Il avait une réputation à défendre !

Il chercha une manière de formuler ce qu'il pensait sans pour autant être agressif... un comportement qu'il n'avait pour ainsi dire jamais eu, puis trouva enfin ses mots :

« Ce que tu n'as pas compris, Walker, c'est que toi et moi, il y a trois ans... on était des épaves. Oh, pas au sens où l'entendrait un civil, bien sûr. On n'était ni alcooliques ni drogués, et physiquement, on tenait la forme, c'est certain. Mais l'Intersect... enfin, Chuck, se corrigea-t-il en voyant que Sarah se renfrognait, car elle n'aimait pas qu'on le désigne comme un objet, Chuck n'a jamais été une mission comme les autres. Il savait pour qui on bossait vraiment, ce qui est pas le cas de la plupart des atouts des agences gouvernementales. Il a travaillé avec nous, il a appris des choses avec nous. Que tu le veuilles ou non, c'était comme notre bébé. Notre mission a jamais été de le former ou de l'entraîner, mais il faut pas se voiler la face, il a grandi, dans un sens, en restant avec nous. On peut dire le contraire tant qu'on veut, mais on a été ses mentors. On l'a pas voulu, mais c'est comme ça. On a appris beaucoup de choses à l'Académie mais bosser avec un espèce de génie planqué au rayon informatique d'un grand magasin avec tous nos plus gros secrets verrouillés dans le cerveau... personne peut te l'apprendre. Bref, tout ça pour te dire qu'au fond de nous on était persuadés de pouvoir continuer à faire un boulot clair et net, mais qu'au final, ça nous a rongé, rongé, rongé, et que lorsque Chuck a disparu, boum, on est devenus fous. Même si par miracle on avait réussi à se concentrer suffisamment pour pas se taper dessus et qu'on était partis le chercher... je te laisse imaginer le résultat. On n'aurait jamais pu être professionnels. Il y a des moments où il faut savoir passer la main. »

Casey n'avait pas cessé de dire « on », mais Sarah savait très bien qu'il parlait de lui, et uniquement de lui. Son cas à elle était bien pire que le simple fait de considérer Chuck comme une sorte d'élève qui aurait appris des choses à son contact et duquel elle serait devenue proche. Quand il avait disparu, on aurait tout aussi bien pu l'ouvrir en deux et la laisse se vider de son sang, l'effet aurait été le même. Mais ça Beckman l'ignorait. Bien sûr, dès les premières crises de colère elle avait compris que les deux agents étaient compromis vis à vis de Chuck, qu'ils avaient de l'affection pour lui, mais elle pensait qu'il s'agissait du phénomène que Casey venait d'expliquer. Si elle venait à apprendre que Sarah avait eu des sentiments... elle ne partirait jamais en mission pour le retrouver. C'était pour ça que Casey les avait englobés tous les deux dans son discours. Il savait que Sarah comprendrait qu'il parlait de lui, et dans le même temps il la protégeait. Il exposait ses propres émotions, chose qu'il détestait faire, et simultanément il lui permettait de conserver les siennes cachées. Après trois ans... trois longues années de solitude où elle avait refusé de travailler autrement qu'en solo car elle ne voulait plus jamais connaître la même souffrance, elle venait de retrouver un partenaire... son partenaire. Elle savait qu'elle ne pouvait rien dire ou faire qui l'aurait trahie auprès de Beckman alors elle leva simplement un doigt pour désigner la clavicule du Colonel et murmura :

« Désolée pour...
-Laisse tomber, Walker, je te l'ai dit, c'est pas la peine de ressasser le passé. »

La même phrase que précédemment, mais cette fois-ci, elle sonnait différemment, comme un « c'est oublié ». Et profitant du fait qu'il tournait le dos à Beckman, il ponctua sa remarque d'un sourire, en coin, certes, mais bien réel. Quand ils se tournèrent à nouveau vers le Général, cette dernière hocha la tête avec une moue approbatrice et reprit :

« Bien ! Le duo est enfin reformé ! Vous permettez que je vous explique le plan, maintenant ? Dans ce cas, continua-t-elle en constatant qu'ils se remettaient à l'écouter attentivement, je vais être brève. Comme vous le savez, l'Intersect a été reconstruit en septembre 2009. Depuis, la lutte contre Fulcrum n'a pas cessé, malheureusement. Néanmoins, pendant ces trois années, ils n'ont jamais réussi à nous faire vraiment mal, chaque camp frappe l'autre mais sans changer réellement le status quo, c'est en quelque sorte une guerre des tranchées. Il paraissait donc logique de penser qu'ils n'avaient pas accès aux informations de l'Intersect. C'est pour cela que nous avons longtemps considéré que Bartowski était décédé. Six mois, un an maximum après sa capture, les informations allaient devenir obsolètes, celles nous concernant, en tout cas, étant donné que nous avions pris des contre mesures pour protéger nos ressources dès son enlèvement. Nous en avions donc déduit que passé ce délai, si aucune de nos installations n'étaient attaquées, cela signifiait qu'ils n'avaient rien pu tirer de lui et qu'ils l'avaient éliminé. Vous pensez bien qu'au bout de trois ans, la certitude était encore plus grande, mais un événement inattendu s'est produit. Tout vous sera expliqué, bien entendu. Je l'aurais fait moi-même mais « vos retrouvailles », quoiqu'à mon avis stratégiquement capitales, ont malheureusement grignoté de précieuses minutes. Vous serez donc mis au courant en chemin.
-En chemin ? s'étonnèrent-ils en chœur.
-Oui. Vous partez pour Los Angeles. Vous serez accompagné par un agent spécialiste de Fulcrum. Si j'en crois ma montre, il vous contactera dans six minutes et trente-sept secondes pour vous indiquer où le rejoindre. Sur ce, si nous voulons rester dans les temps, je dois vous demander de disposer. Je vous recontacte pour une visio-conférence dans six heures. »

Le Général se tut et leur indiqua la porte d'un hochement de tête volontaire. Elle était repassé en mode « efficace et froide ». Les deux agents obtempérèrent et repartirent à travers les couloirs et les ascenseurs du célèbre bâtiment pour parvenir à la sortie. Cela leur prit suffisamment de temps pour  n'avoir qu'une minute d'avance sur leur prise de contact. En effet, ils était dans les jardins depuis à peine quelques instants quand, dans leur dos, une voix qu'ils n'avaient pas entendue depuis très longtemps leur demanda :

« Hé, partenaires ! Parés à sauver Chuck ? »

Ils se retournèrent lentement, pour laisser le temps à leur cerveau de se préparer à la vision qu'ils allaient avoir. Quand ils eurent effectués leur rotation, ils constatèrent qu'il était bel et bien là. Il avait toujours les cheveux longs et bruns, ses yeux étaient toujours bleus et ils possédaient encore cette lueur d'assurance et de prétention qui restait sa marque de fabrique. Il était intégralement vêtu de noir, depuis son blouson en cuir en passant par son t-shirt jusqu'à son pantalon et ses baskets. Casey se tourna vers Sarah et demanda très sérieusement :

« Je propose que tu me laisse l'abattre directement, ça évitera les catastrophes qui se produisent invariablement quand lui, Chuck et toi vous trouvez ensemble dans le même périmètre. »

Sarah ne répondit pas. En réalité, Casey ne pouvait même pas affirmer qu'elle l'avait entendu. Elle se dirigea simplement vers le nouvel arrivant et s'immobilisa à une cinquantaine de centimètres de lui. Les secondes passèrent dans le silence puis, brutalement, elle lui décocha une gifle magistrale qui le fit tituber légèrement, avant de déclarer :

« Bonjour, Bryce... »

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#3 14-01-2009 19:33:13

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Re: Protocole Lune Rouge Episode 1 : Le Pouvoir de l'Intersect

Bonsoir à tous ! Je vous présente doublement mes excuses, déjà pour avoir pris du retard dans l'écriture de ce partiel, et ensuite car il n'est pas aussi long que je l'aurais voulu. J'espère que le contenu saura compenser cet aspect, et j'essaierai de faire mieux la prochaine fois. Je vous souhaite une bonne lecture !

En dehors de sa légère perte d'équilibre devant la force du geste de Sarah, Larkin ne réagit pas. Il se contenta de masser sa joue endolorie en regardant son ex amante droit dans les yeux, l'air complètement neutre.

« Si tu es soulagée, peut-on passer à la suite de la mission ?
-Attendez une seconde, tous les deux, intervint Casey. C'était quoi, ça, Walker ? Vous êtes en mauvais termes ?
-Cela te poserait problème si c'était le cas ? s'étonna la jeune femme. Je pensais que le voir se récolter une baffe te ferait plaisir, à toi plus qu'à n'importe qui.
-Jamais dit le contraire. Je regrette juste que tu n'ai pas attendu dix secondes de plus, j'aurais anticipé et pris une photo. Mais ce n'est pas le problème. Inutile qu'on ait fait la paix toi et moi il y a dix minutes si c'est pour foutre la mission en l'air parce que maintenant c'est lui que tu veux tuer. Particulièrement si je ne sais pas pourquoi.
-Parce que j'ai obéi aux ordres, voilà pourquoi, expliqua Bryce. Quand vous avez été assigné à d'autres missions elle m'a contacté. La CIA m'avait chargé de trouver tous les renseignements possibles sur l'endroit où se trouvait Chuck. Après tout, c'était déjà mon boulot d'être au cœur de Fulcrum, donc j'étais le mieux placé pour ça. Mais Sarah voulait que je lui transmette ce que je trouvais pour mener une enquête parallèle. Évidemment nos employeurs avaient anticipé ce mouvement, et j'avais reçu ordre de ne rien faire. Elle a refusé de me croire à l'époque, et vu la gifle, je suppose que c'est toujours le cas, mais j'étais surveillé. Ils auraient su, si j'avais désobéi, et...
-Tu parles ! s'exclama Sarah avec mépris. J'avais bien bien réussi prendre contact avec toi sans me faire repérer, moi ! Tu t'es toujours considéré comme plus doué que moi pour la discrétion, tu me l'as répété des milliers de fois quand on était ensemble, et d'un coup tu te la joues modeste ? Mes fesses, ouais ! Tu ne voulais pas retrouver Chuck, point final !
-Nous avons déjà eu cette conversation, Sarah, tu sais que c'est faux. Chuck était mon ami. Mon seul ami...
-Tu étais jaloux... le coupa à nouveau Sarah en baissant le ton, sa voix se transformant alors en feulement menaçant, suintant la rancœur et le dédain. Toi, le play-boy super-espion, tu étais seul. Doué, le meilleur, peut-être, mais seul. Sans personne à qui faire confiance. Chuck, a toujours été meilleur être humain que tu ne le seras jamais. Les gens se tournaient naturellement vers lui parce qu'il était généreux et bon. Tu lui as pourri la vie en le faisant virer de Stanford, soi disant pour le sauver, tu as détruit son univers en lui donnant l'Intersect, tu as complètement transformé son existence en désastre et pourtant, il a toujours réussi à rebondir. Tu veux savoir pourquoi ? Il n'était pas entraîné, il n'était pas préparé, mais il avait... il avait un cœur.
-Bravo Sarah, bravo, répliqua Bryce en claquant doucement des mains, comme pour mimer un applaudissement. Fantastique, ton discours. Tu l'avais en tête, cette tirade, quand tu as décidé de baiser avec Cole Barker ? »

Les yeux de Sarah s'écarquillèrent, sa bouche s'entrouvrit légèrement sous le coup de la surprise et elle déglutit péniblement. Comment pouvait-il... Comment avait-il... Les yeux de son ancien partenaire étincelaient maintenant d'une lueur accusatrice et féroce. Décontenancée, elle fit un pas en arrière. Elle jeta des regards de toute part, comme si elle craignait que quelqu'un ait entendu. Même si elle savait que c'était impossible, elle était devenue paranoïaque sur ce sujet. Cole Barker... Seul Chuck, Casey et elle étaient au courant de ce qui s'était passé, du moins le croyait-elle jusqu'à présent. Devant son air coupable et affolé, Bryce eut un reniflement méprisant.

« Quand je suis revenu la première fois après ma « mort », oui, Sarah, j'étais jaloux, j'étais vexé, j'étais en colère. J'avais infiltré Fulcrum, tout le monde me croyait renégat, j'avais fait des efforts pour sauver l'Intersect et la doublure de Terminator ici présente m'avait abattu. Donc oui, quand, au  somment de cette jolie pyramide je découvre que la femme que j'aime et mon ancien meilleur ami se tournent autour, j'ai eu les boules. Clairement. Mais ensuite, quand nous avons fait la mission sur la micro-puce de mise à jour pour Chuck, quelques mois plus tard, j'ai compris que ça ne servait à rien. Il y a des choses qu'on ne peut pas empêcher et... et... vos sentiments en faisaient partie. Franchement j'étais persuadé que ça vous ferait tuer, je le reconnais. Mais tu viens de le dire : Chuck a un cœur. Il ne laisse personne insensible. Et vous deux... vous deux... C'était incompréhensible, c'était complètement improbable donc forcément c'était... c'était évident. J'avais toujours eu tout ce que je voulais : les femmes, le travail, l'argent... Bryce Larkin, le super espion ! Aucune force au monde ne pouvait l'arrêter ! Mais vous voir tous les deux m'a appris quelque chose de nouveau : l'humilité. Je sais que ça va avoir l'air cliché et mielleux, mais ça m'est égal, je l'assume sans problème : pendant cette mission, Chuck m'a fait comprendre, sans même le vouloir, que je n'étais pas à son niveau. C'est ça, sa plus grande force, son vrai pouvoir. Pas son quotient intellectuel, pas ses diplômes, pas même l'Intersect... mais sa capacité à toucher les gens par son humanité. En tout cas c'est ce qui s'est passé pour moi. Que tu me croies ou pas n'a aucune importance. Contente-toi de ne pas jouer les saintes après ce que tu as fait. »

Il se détourna de Sarah et voulut s'éloigner mais après avoir fait deux pas Casey s'interposa en posant une main contre son torse.

« Une seconde, Casanova. Comment es-tu au courant de cette histoire ?
-Je sais lire, Casey. Je sais, ça doit t'étonner, vu l'image que tu as de moi.
-Ne joue pas au plus malin, Larkin. Aucun rapport ne mentionne les rapports sexuels entre Walker et Barker. On a bien pris soin de laisser cet abruti du MI-6 en dehors de l'affaire, on avait déjà assez de problèmes comme ça. Alors je ne suis pas stupide, je suppose qu'avant de t'envoyer ici pour bosser avec nous, l'agence t'a effectivement laissé lire les dossiers pour que tu saches ce qui s'est passé à l'époque, mais ça, tu n'avais aucun moyen de le savoir. Donc je répète ma question : comment es-tu au courant ?
-Premièrement, NSA... Ne me touche plus jamais. J'ai appris quelques tours de magie en trois ans, tu le regretterais. »

Bryce regarda vers le sol une demi-seconde, ce qui incita Casey à faire de même, et le Colonel découvrit, à sa grande stupéfaction, que le jeune homme tenait un Magnum 357 pointé vers ses côtes. Il avait sorti l'arme sans que Casey, malgré ses décennies d'entraînement, ne s'en rende compte. Il aurait pu l'abattre sur place sans lui laisse une chance. Effectivement, il avait fait des progrès incroyables en trois ans... ce qui, paradoxalement, éveilla l'intérêt du militaire, dont les sourcils se levèrent sous l'effet de la surprise et de... l'approbation. Oui, il était sincèrement impressionné par ce tour de force et ce qui pouvait ressembler à l'ombre d'un sourire sincère de dessina sur ses lèvres.

« Ok, fiston, je le reconnais, tu viens de me bluffer. J'aime pas ça, mais je dois dire que c'est la vérité. Tu fais moins... minet avec un flingue que lorsque je t'ai connu. Mais, un, si j'avais peur de mourir, ça ferait longtemps que j'aurais démissionné, et deux, t'as toujours pas répondu à ma question.
-Effectivement, ça n'était pas écrit en toutes lettres, et pour quelqu'un qui n'aurait pas été au courant de vos rapports à tous les deux avec Chuck, expliqua Bryce, en désignant rapidement du doigt Casey et Sarah, ça serait passé inaperçu. D'où le fait que tout le monde soit passé à côté. Mais il faut savoir lire entre les lignes. Vous avez écrit que Chuck avait perdu confiance en vous parce qu'il avait découvert que tu le tuerais quand le nouvel Intersect serait construit, Casey. Mais c'était trop gros par rapport à ce qui s'est passé. Chuck qui pète un câble, se met à vous haïr, refuse de vous écouter et se jette quasiment dans les bras de Fulcrum ? Il en fallait plus. S'il avait simplement découvert ça, il serait allé voir Sarah, il serait même venu te voir toi directement, je dis pas qu'il aurait pas flippé, mais de là ce que votre trio parte complètement en vrille... Et puis vos réactions, après sa capture, vous vous détestiez, vous avez failli vous entretuer... à ça tu rajoutes Sarah qui perd tout contrôle... ça puait la culpabilité à plein nez, et pas seulement celle d'avoir échoué, non, celle d'être la cause de l'échec. Seulement pour comprendre ça, il fallait être au courant de ce qui se passait entre elle et Chuck. Après, il suffisait de remplir les blancs. A vrai dire, votre attitude autodestructrice après la fin de la mission était si... ostentatoire que je ne comprends pas que personne ne se soit posé de questions.
-Ils s'en sont tenus à la thèse d'une compromission affective, pas sentimentale. »

Sarah venait de réintégrer la conversation. Elle était à présent beaucoup plus calme, comme si l'attaque verbale de Bryce l'avait amené à prendre du recul. Ils avaient décidément beaucoup de choses à enterrer aujourd'hui. La colère avait aussi quitté l'esprit du jeune espion. Ils s'observèrent, à la fois tristes et pensifs. Après une trentaine de secondes Sarah se tourna vers Casey, qui semblait attendre qu'elle prenne sa décision. Elle lisait sur son visage qu'il comprenait ce qu'elle ressentait, mais qu'il était temps d'avancer. Elle prit alors conscience qu'elle continuait à s'accrocher à une colère qu'elle ressentait envers elle-même mais qu'elle préférait diriger contre les autres pour éviter d'avoir à y penser. A dire vrai, elle n'avait jamais formulé sa culpabilité à haute voix. Peut-être était-il temps...

« Je suis désolé, Bryce, entama-t-elle enfin quand elle reprit la parole. Tu as raison, je sais que Chuck était ton ami, et il a dû t'en coûter de me refuser ton aide. J'imagine que tu aurais préféré avoir de l'aide pour le rechercher. La vérité c'est qu'en m'énervant contre toi, j'oubliais que celle qui méritait mes reproches, c'était moi. Je... j'ai couché avec Cole, oui. Je ne sais pas pourquoi. Enfin si mais c'est... compliqué. Quand Chuck l'a appris, il venait de découvrir qu'il n'était pas censé survivre à la construction du prochain Intersect. Il savait qu'un jour, Beckman donnerait l'ordre à Casey de l'éliminer. En fait quand il a appris pour moi et... bref, quand il l'a su, il venait justement pour m'expliquer qu'il ne savait plus comment faire confiance à Casey.
-Et il est passé d'une trahison à une autre... mais je ne comprends pas, que s'est-il passé ? Comment l'a-t-il su ? »

Sarah ne voulait pas répondre à cette question, elle ne désirait qu'une chose, ne pas repenser à cet instant. Elle baissa la tête et mit une main devant ses yeux pour cacher les larmes qui commençaient à apparaître. Des images, des fragments de souvenirs lui revenaient brutalement à l'esprit. Sa chambre, éclairée d'une lumière tamisée... La chaleur... beaucoup de chaleur... De l'alcool aussi... Elle, chevauchant son amant, imposant le rythme et... d'un seul coup, un cri... « Sarah ! Sarah ! Casey va m'élimi... » Chuck, debout, à quelques mètres du lit... Oh, Seigneur, elle revoyait encore son visage... Cette souffrance sur ses traits... Elle pouvait restituer chacun de ses mouvements... La bouche du jeune homme s'était entrouverte à plusieurs reprises, comme s'il allait parler mais la douleur bloquait sa gorge. Il avait cherché le mur de sa main, comme pour s'y accrocher quelques secondes, car il avait sans doute besoin de toucher quelque chose de solide, de réel, pour vérifier que ce n'était pas un cauchemar. Enfin il avait secoué la tête en signe de dénégation, comme s'il refusait d'accepter la réalité de ce qu'il voyait, et il avait quitté la chambre en courant.

De tout cela, Sarah ne révéla rien à Bryce. Elle releva la tête, essuya d'un revers de la main les larmes naissantes que ses deux à la fois anciens et nouveaux partenaires feignirent de ne pas remarquer et elle déclara laconiquement :

« Il nous a surpris au lit, et je n'ai pas envie d'en parler. Bon, on a un avion à prendre, non ? Si tu nous montrais le chemin ? »

Casey et Bryce se regardèrent. Leurs retrouvailles explosives étaient terminées, la jeune femme venait en une phrase de les remettre sur des rails bien plus professionnels. Chuck n'allait pas se sauver tout seul...

Dernière modification par Waylander (14-01-2009 19:36:40)

Hors ligne

 

#4 11-03-2009 00:25:38

Waylander
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Re: Protocole Lune Rouge Episode 1 : Le Pouvoir de l'Intersect

Bon, il aura fallu le temps, beaucoup de temps, trop de temps, en fait, mais c'est fait, cette fic reprend. Je renouvelle mes excuses, je ne vais pas raconter ma vie encore une fois mais pour la faire courte, j'avais raison, la crise de mauvais oeil ne s'est pas arrêtée une fois mon ordinateur réparé. De plus, la vision des deux derniers épisodes m'a incité à intégrer des éléments dans mon plan général, donc il a fallu que je restructure mes pensées pour pouvoir les poser par écrit. Dans tous les cas merci d'avoir attendu, voilà la suite. J'espère qu'elle vous plaira, et bonne lecture.



Sarah regardait le sol ou plus exactement ce qui devait sans doute être le sol à plusieurs milliers de mètres sous elle à travers le hublot du jet que ses supérieurs avaient affrété pour ses deux coéquipiers et elle. En ce moment il survolait le Nevada, Los Angeles se rapprochait donc doucement mais sûrement. Elle n'y était pas revenue depuis « l'opération Bartowski » et elle appréhendait ce retour sur les lieux de son plus grand échec. Bien entendu elle ne poserait pas un pied à Burbank, puisque la mission allait se dérouler dans Los Angeles même, mais rien que de savoir qu'à quelques minutes de voiture se trouvaient tous ces lieux qui avait constitué une partie si importante... non... encore plus que cela, la meilleure partie de sa vie, tout simplement, cette pensée la troublait énormément. Le domicile de Chuck, l'Orange orange, le Buy More... Elle ne s'en était même pas rendue compte à cette époque là mais ces endroits si anodins, si communs, si antinomiques avec son travail d'espionne et de femme d'action, s'étaient ancrés en elle. Tout ça parce qu'un grand dadais passionné d'informatique, de bandes-dessinées et de science-fiction avait bouleversé sa vie... Un grand dadais qu'elle avait laissé se faire capturer juste après lui avoir brisé le cœur, fantastique palmarès. Mais elle allait le récupérer, même si elle devait arracher se ses propres mains le crâne de chaque agent de Fulcrum qui se mettrait en travers de son chemin. Ses mâchoires se contractèrent et dans le semi reflet que lui renvoyait le hublot ses yeux se teintèrent d'une colère froide. Plongée dans ses pensées meurtrières, elle se coupa inconsciemment de tout ce qui l'entourait, elle ne voyait ni n'entendait plus rien. C'est pourquoi, quand Bryce vint poser la main sur son épaule, ses réflexes surpassèrent ses facultés de raisonnement et elle réagit de manière totalement instinctive, animale. De sa main droite  elle saisit le poignet du jeune espion et le tira violemment vers l'avant tout en relevant brutalement son propre avant bras gauche. En théorie, le dos de sa main aurait dû s'écraser contre le nez de Bryce pour le lui fracturer... mais ça n'arriva pas. En effet, alors qu'elle saisissait le poignet de son ancien amant pour le déséquilibrer, ce dernier ne bougea pas d'un centimètre, demeurant absolument inamovible. Au final, Sarah se retrouva avec le bras gauche levé, puisque dans son réflexe elle avait complété le mouvement sans attendre, et avec Bryce qui la regardait d'un air éberlué.

« Putain Sarah, tu veux me tuer ou quoi ?! s'écria-t-il en rompant prestement le contact physique entre eux et en s'éloignant d'un bon mètre.
-Non, je... ce n'était pas contre toi, je t'assure... J'étais complètement perdue dans mes pensées... c'était un pur réflexe de protection... J'aurais réagi pareil avec n'importe qui.
-D'accoooord.... commenta laconiquement Bryce. Bon, je venais simplement te dire que je vais commencer à vous expliquer le plan, vu qu'on arrive bientôt. Si tu pouvais avoir la bonté de te rapprocher sans frapper quelqu'un, tu serais bien aimable. »

Il se détourna alors que Sarah lui lançait un regard mauvais et se dirigea vers le centre de l'appareil  où étaient disposés trois sofas autour d'une table en verre. Casey en occupait déjà un, ce qui incita Bryce à choisir le plus éloigné, tandis que Sarah s'appropriait littéralement le troisième et dernier en  s'allongeant tout simplement dessus. Alors qu'elle posait son menton sur un des accoudoirs, Casey la regarda en haussant légèrement les sourcils, comme pour lui demander si elle allait bien, et elle répondit en hochant la tête, son visage adoptant une expression rassurante et ses lèvres une moue approbatrice.

« Bien, commença Bryce en claquant ses paumes l'une contre l'autre, autant vous le dire tout de suite, nous devons nous seulement récupérer Chuck mais aussi la mise à jour de l'Intersect. Oui, il a été reconstruit, confirma-t-il devant les regards interrogatifs de ses interlocuteurs. Je l'ai moi-même appris dernièrement. De ce que je sais, pour le moment, aucun test n'a permis de retrouver un individu capable de retenir autant d'informations que Chuck, ce qui n'empêche pas nos chers supérieurs de le faire mettre à jour sur des bases régulières. Bref, la vérité est simple : la CIA a appris qu'il était encore en vie par hasard. Il se trouve que pour appâter des agents de Fulcrum la base de données de l'Intersect a été copiée et sera confinée dans quarante-huit heures dans un bâtiment de Los Angeles. Toute l'infrastructure d'utilisation est absente, il ne reste que les données.
-Ok, ils ont construit un disque dur, c'est fantastique, le coupa Casey, une irritation palpable dans la voix. On ne va pas y passer des heures, quel rapport avec Chuck ?
-Très simple. Une fuite volontaire de l'information a été organisée sur l'emplacement du « disque dur », pour reprendre tes termes. En gros l'idée était de tenter nos vilains traîtres pour qu'ils essayent de le voler mais en fait, pour faire court, ils ont été plus malins. Vous vous souvenez de l'opération Dark Intersect ? Oui évidemment que vous vous en souvenez, continua-t-il en voyant Sarah détourner la tête avec un feulement agressif, vous vous en souvenez même très bien vu que c'est à cause d'elle que nous sommes dans ce merdier. Fulcrum a construit un générateur d'images portatif. La pièce géante en banlieue que Chuck et toi aviez vu il y a quelques années, c'est du passé, Sarah. Maintenant leur dispositif est transportable et discret. Les progrès de l'informatique, hein. Oui, oui, Casey, Chuck dans tout ça, j'y viens, s'interrompit-il en voyant le militaire contracter poings et mâchoires. En même temps je suppose que tu as deviné, non, mon cher Colonel, d'où ta tête réjouie, pas vrai ? Oui, inutile de faire durer le suspense. Le plan de Fulcrum consiste à débarquer avec leur petit bijou technologique dans une main, notre geek dans l'autre, on on fait un branchement et pouf, on a Chuck 3.0. Bon, évidemment ils détruiront sans doute les données aussi dans la foulée en croyant nous priver d'une sauvegarde capitale, mais peu importe, ça fait partie du plan.
-Nerd... déclara Sarah d'une voix atone.
-Pardon ?
-Un nerd, pas un geek. Chuck est un nerd. »

Bryce la regarda. Elle semblait cette fois tout à fait concentrée, entièrement à l'écoute de ce qu'il venait de décrire. Pas à prendre avec des pincettes donc.

« Oui, Sarah, si tu veux... C'est vrai, un nerd.
-Comment sait-on que Chuck est vivant ? demanda-t-elle.
-Parce que... je l'ai vu, répondit simplement Bryce. »

Sarah et Casey restèrent littéralement stupéfaits pendant plusieurs secondes... puis la jeune femme se redressa d'un seul coup, attrapa une lame à sa cheville et sauta sur son ancien amant à une vitesse  que seul une experte en armes blanches comme elle pouvait maîtriser. Elle atterrit à califourchon sur ses genoux et pressa son poignard contre sa gorge.

« Tu crois que c'est un jeu pour moi, Bryce ? Tu crois que ce n'est qu'une mission ? C'est Chuck ! Et toi tu es là, à filer les informations au compte-gouttes, à faire de l'humour, à attendre le dernier moment pour me dire que tu l'as vu, qu'il respire, qu'il... »

Elle s'interrompit en sentant une une légère douleur au ventre. Elle baissa les yeux et vit qu'elle n'était pas la seule à être menaçante en cet instant. Bryce tenait lui aussi un couteau pointé vers elle, un couteau qui commençait à appuyer dangereusement contre ses vêtements. Il avait réussi à le sortir... Mais comment... Elle se tourna vers Casey, qui venait de le remarquer lui aussi. Le Colonel ponctua cette vision d'un reniflement incrédule et dans le même temps fit un geste apaisant de la main pour lui demander de se calmer. Obéissante, elle s'écarta lentement de Bryce, avec une précision calculée, tout en continuant à pointer le poignard vers lui jusqu'à ce soit debout entre les fauteuils. Là, elle commença à taper le plat de la lame contre sa paume. Elle donnait l'impression de peser le pour et le contre sur l'utilisation éventuelle de son arme.

« Bon, les enfants, ça suffit, intervint Casey d'une voix plus calme que son caractère aurait pu le laisser attendre. »

Il se leva et alla s'appuyer contre une paroi de l'appareil tout en fixant l'extérieur. Sarah et Bryce étaient surpris. Il n'avait pas employé l'expression « les enfants » pour se moquer d'eux ou les rabaisser. Pour une fois il faisait vraiment appel à la différence d'âge et à la différence d'expérience entre eux.

« C'est pas mon genre de remettre en cause des instructions de la hiérarchie, reprit-il sans les regarder, mais l'idée de nous  assigner tous les trois à cette affaire me paraît fumeuse. Cela étant, les ordres sont les ordres. On n'est pas dans un film, y a pas de violons, et on ne va pas tous se réconcilier la larme à l'œil d'ici la fin de la mission sur un fond de soleil couchant. Bref, on fait le boulot, on récupère Chuck, on le ramène dans un endroit sécurisé, et on attend que Beckman nous explique la suite. Dans le même temps, Walker, tu ne poignardes pas Larkin, et toi, la gravure de mode, tu arrêtes de plaisanter à tout bout de champ sur l'échec de l'opération Intersect et le fait qu'on s'est magistralement planté à l'époque. C'est bon, ça vous va comme objectifs, vous arriverez à ne pas vous entretuer ? Parfait, conclut-il en les voyant acquiescer avec plus ou moins de réticence. J'arrive pas à croire que c'est moi le médiateur, grommela-t-il alors, plus pour lui-même qu'autre chose, avant de se rasseoir, imité en cela par une Sarah qui, bien qu'ayant rangé son couteau, jetait à Bryce des regards haineux sans équivoque. »

« Je ne suis pas autorisé à expliquer dans quelles circonstances je l'ai vu, enchaîna Bryce. Oui, je sais, c'est difficile à entendre, nuança-t-il en entendant Casey respirer bruyamment mais comme vient de le dire le Colonel ici présent, les ordres sont les ordres, les miens étant de ne pas divulguer comment j'ai été amené à retrouver Chuck. Ce que je peux dire c'est que lui, malheureusement, n'a pas eu conscience de ma présence. Cela ne change rien, il est vivant, Fulcrum veut mettre son cerveau à jour, et nous devons empêcher ça.
-Bon, j'imagine que c'est la méthode habituelle ? Demande Casey On mise sur le fait que les agents de Fulcrum vont essayer de s'infiltrer pendant la nuit, comme toi tu l'avais fait, sauf que là on sera là pour les attendre.
-Tout à fait, confirma Bryce. Fulcrum va miser sur le fait qu'il faut prendre la CIA et la NSA par surprise, donc les analystes tablent sur une attaque la nuit suivant immédiatement la mise en ligne de la sauvegarde. Le bâtiment sera sécurisée, mais c'est censé être un immeuble banal, donc on ne peut pas mettre des tonnes de gardes, ça alerterait les services fédéraux officiels, et ça mettrait la puce à l'oreille de Fulcrum sur le fait que c'est un piège.
-Une petite seconde, intervint Sarah. C'est ridicule, ça pue déjà le piège. Une copie de l'Intersect, même si c'est seulement des données, dans un immeuble d'apparence normale, pour soi disant détourner l'attention, dans le genre « mais non ça ne peut pas être là » ? Evidemment que Fulcrum va comprendre que c'est un attrape-nigauds. Les agences de renseignements n'emploieraient jamais une méthode aussi ridicule.
-Elles le feraient si elles étaient persuadées qu'aucune technologie au monde ne peut lire et utiliser les données telles qu'elles sont stockées. Les agents de Fulcrum pensent que la technologie qu'ils vont employer pour mettre à jour Chuck...
-Arrête de dire ça comme ça, lui intima Sarah, l'air féroce. Mettre à jour Chuck, ça me fout des frissons, c'est horrible, comme formulation.
-D'accord, accepta Bryce. Bref, ils pensent que leur technologie portative nous est inconnue, donc ils ne se poseront pas de questions. Et puis de toute manière, je pense qu'ils tenteront leur chance même s'ils considèrent que c'est un piège. Soyons réalistes, ils n'ont visiblement pas réussi à utiliser les informations contenues dans le cerveau de Chuck ces trois dernières années. Techniquement, il ne leur sert plus à rien. C'est un peu la mission de la dernière chance. A mon avis, s'ils échouent à le mettre à j... heu...  en contact avec de nouvelles données, ils... enfin... ils s'en débarrasseront. »

Ce n'était pas un fait, simplement l'avis d'un agent, mais tous trois savaient que c'était fort probablement ce qui se passerait s'ils échouaient. C'est pourquoi un silence lourd de gêne s'installa après la conclusion de Bryce. En temps normal, ils auraient immédiatement enchaîné avec les détails techniques de la mission, mais les choses étaient différentes cette fois-ci. La personne qu'ils devait récupérer n'était pas un simple atout de la CIA ou de la NSA. Pas un simple pion dans le grand jeu de l'espionnage mondial. Il s'agissait d'une connaissance, d'un proche, d'un ami. Pour la première fois depuis longtemps, très longtemps, la culpabilité allait guider ces trois agents. Ils savaient tous que leurs sentiments personnels ne devaient pas rentrer en jeu, et pourtant, bizarrement, ils semblaient avoir été choisis à cause de ces mêmes sentiments. Cela allait à l'encontre de la plupart des protocoles, et malgré la tension qui les habitait depuis que tout avait commencé, cet étrange paradoxe occupait une partie de l'esprit de Casey. Il maintint néanmoins cette portion de son cerveau en sommeil pendant que Bryce leur expliquait les spécificités de l'endroit ou serait stockées les données de l'Intersect, il continua à ne pas exprimer ses doutes quand, une fois arrivés à Los Angeles, ils furent présentés aux équipes qui allaient intervenir avec eux. Ces visites, espacées dans la ville et dans la journée pour éviter trop de visibilité, les amenèrent finalement à rentrer tard dans la soirée à l'hôtel que leurs services respectifs avaient réservé pour eux.

Sarah venait de prendre sa douche et se coiffait, en peignoir, quand elle entendit avec surprise quelqu'un frapper à la porte. En ouvrant elle vit Casey, l'air préoccupé, qui se tenait sur le seuil de la chambre. Visiblement quelque chose le troublait. Elle s'écarta pour le laisser entrer et il lui prit le bras pour l'amener dans la pièce principale. Les lèvres de la jeune femme formèrent silencieusement les mots « qu'est ce qui... », mais Casey lui intima le silence d'un geste. Il alluma la télévision sur un volume plus que respectable et revint finalement vers elle.

« Walker, quelque chose cloche depuis le début... mais tu préfères peut-être t'habiller d'abord, s'interrompit-il en voyant les jambes nues de la jeune femme.
-Ça ira, Casey. Tu as l'air vraiment soucieux, je ne vais pas te faire patienter. Et puis ce ne sont pas des jambes de femme qui vont te traumatiser, hein ?
-Bref, reprit-il avec un grommellement et en lui parlant tout près du visage, on va droit dans un piège, je le sens. Il y a trop d'éléments qui ne collent pas. Je suis certain que nos chambres sont sur écoute, d'où le fait que j'ai allumé la télé. Oui, je sais, ce n'est pas le protocole, en tant qu'agents responsables de mission nous ne sommes pas censés être sur écoute, mais j'en suis sûr. Et non, je n'ai rien trouvé dans ma chambre, mais oui, je le sais. Appelle ça être complètement parano, mais je le sais, point final. Et puis il y a le cas Bryce. Il n'est plus le même qu'il y a trois ans, et je ne parle pas seulement de sa propension à faire des blagues de mauvais goûts. La vitesse pour sortir son arme contre moi, la manière qu'il a eu de sortir son couteau dans l'avion, le fait qu'il ait retrouvé Chuck mais qu'il n'ait pas le droit d'en parler... Et puis toute cette histoire de copie de l'Intersect dans un endroit moins sécurisé pour détourner les soupçons... Rien ne colle. Et je me fous des explications sur Fulcrum et sa technologie de copie portative qui fait que la CIA et la NSA peuvent monter un plan débile sans qu'il passe pour un plan débile. On nous manipule.
-Je suis d'accord, intervint finalement Sarah. C'est ce qui a l'air le plus évident. Mais en même temps, peut-être qu'on est devenu trop méfiants, enfin, encore plus qu'avant, depuis que Chuck a disparu. Franchement, qui nous manipulerait ? Beckman ? D'accord, c'est bizarre de nous choisir nous sur cette mission, mais c'est Beckman. Et puis nous manipuler dans quel but ? Et Bryce ? Il est plus rapide, plus entraîné, d'accord, mais... non, je sais que tout ça paraît gros, mais justement, c'est tellement gros, tellement visible...
-Mais tu ne comprends pas, Walker, c'est exactelent ça. Ils veulent qu'on se disent que la manipulation a l'air tellement peu subtile que ce n'en est pas une, que c'est juste une mission très inhabituelle. Ils veulent qu'on pense être trop tendus, qu'on soit en confiance, et au bon moment, bam !
-Bam ? Bam ? Mais bam quoi ? Ils nous capturent ? Ils nous tuent ?
-Oui, pourquoi pas ? On a pas la moindre preuve que Chuck est toujours en vie. On est là tous les deux parce qu'on fait confiance aux gens qui bossent avec nous et qu'on obéit aux ordres.
-Casey... arrête. Je ne t'ai jamais vu remettre en doute les consignes de Beckman. Je ne pensais même pas que tu étais capable de mettre en doute un supérieur, quel qu'il soit. De toute manière, quand bien même tes idées de conspiration seraient vraies, on ne peut pas s'en aller, pas vrai ? Au pire on fera plus attention, mais on ne saura jamais si c'est un piège si on ne tente pas le coup. »

Casey opina lentement du chef, une expression d'insatisfaction sur le visage. Sarah pouvait facilement deviner ce qu'il pensait. Tout son petit discours quelques heures plut tôt dans l'avion sur la nécessité de suivre les ordres et de veiller au bon déroulement des opérations s'effritait lentement, s'il ne s'était d'ailleurs pas déjà fissuré entièrement. Elle le connaissait bien, malgré ses décennies d'expérience, il détestait marcher dans la gueule du loup. Il désirait très certainement aller questionner Bryce le plus violemment possible, juste pour le principe, mais son professionnalisme ferait qu'il allait quand même rester droit dans ses bottes, même si ça signifiait risquer de tomber dans le piège de l'ennemi.

Il quitta finalement la chambre quand, au même moment plus bas dans le couloir, allongé sur son lit, dans l'obscurité, loin de toute oreille indiscrète, Bryce passait un appel sur son portable.

« Oui, c'est moi. Non, répondit-il à la personne à l'autre bout du fil, tout va bien. J'ai l'impression que Casey se doute de quelque chose, il va sûrement en parler à Sarah, mais ils ne pourront rien faire à part suivre le plan. Non, je n'ai pas eu de choc en la revoyant. Sa chambre ? Pas loin, je sais pas, vingt mètres de la mienne peut-être. Arrête. Tu sais très bien que la seule femme que je veux rejoindre en ce moment c'est toi. Evidemment que j'ai activé l'inhibiteur sonore, cette conversation est complètement sécurisée. Je ne voudrais pas que nos amis de la CIA m'entendent te dire que je t'aime. Oui, plus que Sarah, ça n'est même pas comparable, et je te le prouverai quand on se verra dans deux jours. Si tout se passe bien, cette mission sera réglée très vite. Oui, c'est vrai, l'autre côté du miroir n'est pas mal non plus. J'ai passé tellement de temps à traquer Fulcrum... mais je crois que je préfère de loin, de très loin... en faire partie... »

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#5 14-01-2010 22:09:56

Waylander
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Re: Protocole Lune Rouge Episode 1 : Le Pouvoir de l'Intersect

Je pourrais m'excuser pendant des heures à propos de cet arrêt que tout le monde pensait définitif (et je ne vous cache pas que vu la tournure de ma vie au niveau professionnel, je le croyais aussi, rapport à mon emploi du temps chargé), mais la saison 3 est de retour sur nos écrans, et ma foi en l'écriture est revenue. Donc je ne fais pas de promesses qui pourraient se révéler inutiles sur la publication ou ce genre de choses. Voici déjà un nouveau petit morceau, et je tente de me maintenir la pression pour la suite. Merci à vous.

« Rappelle-moi encore une fois pourquoi ils ont besoin d'amener Chuck jusqu'ici ? maugréa Casey à l'attention de Walker, tout en jetant un vaste regard circulaire à l'immense salle blanche dans laquelle ils se trouvaient. Si je me souviens bien de ce qui s'est passé avec Larkin, et c'est le cas, vu que c'est moi qui l'ai abattu, il avait fait une copie de l'Intersect original pour l'envoyer à Chuck.
-Casey, on nous l'a déjà expliqué deux fois... soupira Sarah en réponse. Cette pièce ressemble à un Intersect, mais ce n'est pas le cas, il n'y a que des données stockées ici, on ne peut pas les lire, pas afficher d'images, rien. Et si on essaye de les copier tel quel, elles ne seront pas utilisables. C'est pour ça que Fulcrum va utiliser un décodeur portatif ici même pour que les données parviennent dans le cerveau de Chuck. C'est tout à fait différent de la fois où tu as envoyé Bryce dans le coma.
-Vous pourriez arrêter de parler de moi comme si j'étais pas là, et surtout ne pas me rappeler cet événement précis ? Tu peux faire le malin, Casey, mais tu as eu du bol, c'est tout. J'avais échappé à plusieurs dizaines d'agents, fracturé le plafond de cette pièce pour y entrer, fait deux ou trois chutes presque mortelles, j'étais épuisé et en train de transférer les données vers Chuck. Et là, tout d'un coup, toi, à l'époque Major Terminator, tu pointes, tout frais, et bam. Je te signale que tu ne m'as même pas tué, super soldat.
-C'était volontaire, si j'avais voulu, ton cerveau aurait dégouliné par tes oreilles.
-Mais bien sûr... wooo, j'ai peuuuuur...
-Quoi qu'il en soit... marmonna Casey en se retenant d'insulter Larkin, je comprends toujours pas pourquoi à notre époque on construit des salles informatiques comme celle-là. On se croirait dans 2001 l'Odyssée de l'Espace. Un grand hangar blanc avec une console informatique au milieu ? C'est comme ça qu'on voyait les ordinateurs dans les films des années 80. Et c'est moi qu'on accuse de pas avoir oublié la guerre froide...
-Et oui Casey, tu n'es pas la seule relique du passé... commenta Bryce. »

Fidèle à la requête qu'il avait proposé lui-même dans l'avion quelques heures plus tôt, le Colonel se contenta de maugréer quelques paroles seulement compréhensibles par lui pour éviter que l'échange ne dégénère, même si Sarah aurait juré entendre des mots relativement orduriers.

« Vous avez tous les deux conscience qu'on envoie certains de nos agents au sacrifice, n'est-ce pas. Si les hommes de Fulcrum tentent un passage en force, ce qui est envisageable vu notre faible nombre, nous risquons de perdre des collègues.
-Le fait d'être peu nombreux est quasiment la fondation de la couverture de cet endroit, Sarah, lui rappela Bryce.
-Je sais, merci. Excuse-moi de me soucier de la vie d'autrui. »

Son ancien petit ami faillit lui rétorquer qu'ils pouvaient tout annuler, si elle voulait non seulement que Chuck reste aux mains de Fulcrum, mais qu'en sus il devienne la dernière arme biologique à la mode, mais il se retint. Leur agressivité provenait de l'inquiétude générale qu'ils éprouvaient vis à vis de la réussite de la mission. Ils devaient récupérer Chuck, échouer n'était pas une possibilité, pas uniquement en termes professionnels, mais également d'un point de vue personnel. Aucun d'entre eux ne supporterait un nouvel échec, pas après tout ce qui avait déjà eu lieu. Ils étaient responsables directement et indirectement de tout ce qui était arrivé à Chuck ces dernières années. Il ne fallait pas se voiler la face : c'était une pratique courante dans leur milieu que de manipuler les individus comme des pions, mais Chuck les avait touchés au coeur. Il se rappela les paroles qu'il avait adressées à Sarah « c'est ça, le vrai pouvoir de Chuck ». N'importe qui pouvait apprendre à enterrer ses sentiments, mais peu de gens avaient le courage d'en faire leur force. Charles Bartowski était différent. Il ne le savait pas, il refusait de l'admettre, mais il était un héros. Et ce soir, ils allaient sauver ce héros.

« Colonel, déclara dans leurs oreillettes de communication la voix du chef de l'équipe positionnée dans le hall d'entrée de l'immeuble, je pense que vous n'allez pas le croire, mais ils arrivent par la grande porte, je pense qu'ils vont nous faire le coup de se cacher à la vue de tous.
-Pardon ? grommela Casey. Envoyez moi l'image. »

L'équipe s'était munie d'un ordinateur portable relié en wi-fi ultra sécurisé au réseau de caméras de surveillance du bâtiment. L'image se divisa en trois angles différents pour pouvoir observer les nouveaux arrivants sous toutes les coutures. Ils avaient passé le service sécurité extérieur sans problème, ils devaient donc avoir des autorisations dûment accréditées. Néanmoins, les services secrets étant ce qu'ils étaient, plus on voulait s'enfoncer loin dans un lieu officiel, plus le niveau devait être élevé. Ils ne pourraient peut-être pas passer ne serait-ce que le bureau d'entrée. Ce furent ses pensées qui traversèrent les esprits de Bryce et Casey, mais pas celui de Sarah. Non, en réalité, Sarah avait cessé de penser à quoi que ce soit dès que les vidéos s'étaient affichées sur l'écran de l'ordinateur. Il était là, debout, si proche et pourtant si loin. Elle sentit sa mâchoire se contracter sous l'effet de l'angoisse et de la surprise. Oui, de la surprise, car même si elle savait qu'elle le verrait, l'avoir sous les yeux réellement, après tout ce temps, provoquait un afflux de souvenirs terriblement ardu à enrayer.  Elle sentit sa gorge se serrer, découvrit instinctivement sa manche gauche et toucha le bracelet que Chuck lui avait donné à Noël 2008.

Chuck, je ne peux pas accepter, tu devrais donner ça à ta vraie petite amie...
-Je sais...

« On va le sauver, Sarah. On va le sauver. Tu as ma parole. »

Elle retrouva brutalement contact avec la réalité et leva son visage vers le mètre quatre-vingt-dix de Casey. Lui se contentait de fixer le bracelet, une lueur de... tendresse dans le regard ? Sarah n'en revint pas. Elle savait qu'il avait été énormément affecté par le résultat catastrophique de la mission Bartowski et qu'il avait développé une certaine affection pour Chuck qu'il nierait jusqu'à la fin de ses jours mais... était-il possible qu'il eût également soutenu en silence l'idée de leur couple ? Alors, tentant tant bien que mal de contenir le sentiment de gratitude qui l'envahissait, elle se contenta de commenter d'un laconique :

« Bien reçu... partenaire. »

Bryce ne les regarda pas. Ils vivaient une sorte de moment intime, il en avait conscience, et par la force des choses, il en était exclu, ce qui lui apparaissait comme tout à fait normal. Il avait fait plus de mal que de bien à Chuck, même si ces intentions n'étaient pas mauvaises à l'origine. Fort heureusement, les choses avaient changé ces derniers temps. Ils auraient pu rappeler ses deux coéquipiers à l'ordre, après tout ils se déconcentraient en plein milieu d'une mission de la plus haute importance, mais il préféra se concentrer sur le trio qui se dirigeaient vers les pseudos agent de sécurité au milieu hall, en réalité de redoutables agents de la CIA. Chuck n'avait paradoxalement pas tant changé que cela. Toujours grand et plutôt dégingandé, il était rasé de près et portait les cheveux beaucoup relativement plus courts qu'avant. Il était habillé sobrement, d'une chemise coupe cintrée mais sportive, avec un jeans et des baskets, le tout en noir. Sur son côté gauche marchait un homme légèrement plus grand que lui. Sa coiffure aurait pu gagner le prix de l'étrangeté. En effet ses cheveux étaient compactés en une épaisse crête noire orienté totalement vers l'arrière, telle un aileron de requin. Son long manteau noir disposait d'un col qui s'élevait jusqu'au dessus de son nez, ne laissant apparaître que ses yeux et son front. Les manches du vêtement, très amples, descendaient si bas qu'elles couvraient entièrement ses mains. Fermé et long jusqu'aux chevilles, l'épais tissu noir ne laissait rien deviner du corps de l'individu, si ce n'est qu'il semblait assez mince. Dans son dos émergeait une bosse de bonne taille, à l'extrémité de laquelle pointait par le col du manteau ce qui ressemblait fort à un pommeau. Encadrant Chuck par le côté droit, le second individu ne ressemblait en rien à son coéquipier. D'environ un mètre soixante-dix, le visage glabre mais les cheveux longs noués en une queue cheval jusqu'aux épaules, il portait un costume de marque, visiblement italien, sans cravate néanmoins. Ce n'était pas cependant cela qui attirait l'attention, mais bien plutôt le bandeau qui lui couvrait entièrement les yeux.

« Qu'est ce que c'est que ces deux guignols ?! s'exclama quasiment Casey. On engage des fans d'émo-rock chez les traîtres à la nation maintenant ?
-Oh mon dieu, Casey, tu connais l'existence de l'émo-rock ? s'étonna Bryce sur un ton faussement moqueur. Et juste pour dire, ils n'ont absolument pas le style. Ok, ok, on se calme, se rétracta-t-il devant le grognement évocateur que lui lança le Colonel.
-De toute façon, ils passeront jamais la surveillance avec leurs têtes de... oh bon sang, des laisser-passer Alpha Prime, c'est pas possible... reprit Casey avant de laisser sa voix s'éteindre sous la surprise. »

Les deux hommes, tout comme Chuck, même si ce dernier sembla le faire avec une réticence relative, montrèrent ce qui avait fortement l'air de cartes magnétiques aux reflets métalliques, avec un simple sigle rouge. Casey zooma sur les images alors que les agents présents dans le hall scannait les laisser-passer avec des lecteurs optiques. Finalement, ils s'écartèrent et le trio continua sa route.

« Ce n'est pas possible, Casey, intervint Sarah, tu le sais comme moi, on ne peut pas contrefaire un Alpha Prime. Il faudrait les ressources techniques des plus puissants pays occidentaux...
-Ou l'accès à ces ressources.
-Fulcrum ne peut pas être monté aussi haut, c'est strictement impossible.
-Franchement, Walker, je ne sais plus ce qui est impossible. Bon dieu, des Alpha Prime... »

Bryce soupira intérieurement. Il comprenait fort bien la réaction des deux autres. Tout remontait à quelques années en arrière, au début de l'année civile 2010. Chuck avait disparu depuis le printemps précédent, et la CIA et la NSA avaient repris leur petite guerre intestine de l'information... sauf qu'elles n'étaient pas seules en lice. Dix sept agences officielles de renseignements, intervenant sur le sol américain ou ailleurs, existaient à ce moment là, sans compter les officines obscures qui ne rendaient de comptes à personne et fonctionnaient sur de l'argent public plus ou moins détourné. Les structures ne se transmettaient pas les renseignements nécessaires à une bonne coopération, chacune d'entre elles voulaient que ce soient ses agents qui obtiennent le plus de réussite contre le terrorisme, la drogue, la mafia, et tous les autres dangers pouvant menacer les citoyens américains. Quand cette « guerre des polices » proprement américaine permit à un groupuscule d'extrême-droite visiblement manipulé par Fulcrum, voire une entité encore plus importante, dont certains éléments laissaient à penser qu'elle se nommait le Cercle, d'exécuter un attentat en plein Washington, la coupe déborda. Plusieurs centaines d'hommes, de femmes et d'enfants avaient perdu la vie ce jour-là. Le Président, comme tous les autres avant lui, avaient appris à accepter le fait que même pour lui, il resterait des zones inexpliquées dans les méthodes des agences de renseignements. Ils laissaient les espions tranquilles et ils faisaient leur travail correctement, le plus souvent. Oh bien entendu ils n'étaient pas à l'abri de ne pas se soucier des droits de l'Homme de temps à autre, mais il fermait les yeux là-dessus. Et il les avait fermés jusqu'à ce que ce jour précis. Comme tranformé, il avait convaincu le Congrès de voter une série de lois pour instaurer de l'ordre et une hiérarchie entre les diverses agences. Plus question d'avoir des refus de coopérer, plus question de ne pas savoir qui travaillaient avec qui, pour qui, et comment. Et au somment de l'organigramme, le passe-partout ultime : le laisser-passer Alpha-Prime. Uniquement accordé de manière temporaire, d'une utilisation étroitement surveillée, sa fabrication gardée secrète de tout le monde, il permettait aux agents qui se voyaient attribués ce sésame pour une mission d'aller où ils voulaient, quand ils voulaient, et d'obtenir toutes les ressources nécessaires de la part des autres structures de renseignements pour accomplir leur but.

« Colonel, déclara à nouveau la voix de l'agent dans le hall quand le trio se fut suffisamment éloigné, je suis désolé, mais tous les protocoles nous interdisent formellement d'intervenir... enfin... Colonel, c'était des...
-Alpha Prime, je sais, je sais. Conserver vos positions. Nous allons aviser.
-Nous allons aviser ? demanda Sarah. Nous allons aviser ? Et on avise sur quoi ?
-Walker, je ne sais pas pourquoi ils ont des Alpha avec eux, mais nous on sait que tout ça n'est qu'une mise en scène. Donc on attend, et on s'en occupe nous-même, comme au bon vieux temps.
-Ouuuuuu bieeeeeeeen... intervint alors Bryce, on donne l'ordre de les capturer, et on dit merde aux protocoles de sécurité.
-Larkin, réfléchit deux minutes, si tes cheveux n'empêchent pas ton cerveau de respirer. Tu sais aussi bien que nous ce qui va se passer si on capture des porteurs d'Alpha. Ils vont s'indigner, faire semblant, en appeler à je sais pas quelle connerie juridictionnelle et le temps qu'on dépatouille le magma administratif ils auront réutilisé leurs foutus passes magiques pour disparaître.
-Mais enfin Casey, il y a Chuck en plein milieu, l'Intersect, ça ne trompera...
-Larkin, bordel de merde ! L'Intersect était déjà ultra secret à l'époque, maintenant c'est pire depuis toute l'opération foireuse Bartowski. Je suis même pas sur que les gars dans le hall soient au courant. Tu sais ce qu'ils doivent se dire, là, maintenant ? Que toutes nos infos étaient bidons, et que ces trois gars sont clean. Tu penses vraiment qu'ils savent ce que c'est cette pièce ? On est seuls, mets toi ça en tête.
-Casey... Je n'aurais pas mieux résumé la situation. »

Ils se retournèrent tous les trois vers la porte de la pièce, complètement ouverte, et vers la voix de... Chuck. Qu'ils aient perdu le fil pendant leur conversation, ils voulaient bien l'admettre, mais jamais au grand jamais la porte n'aurait pu s'ouvrir sans bruit. C'était physiquement impossible, comment...

« Je vais vous couper dans vos pensées qui ont l'air fantastiques, mais mon emploi du temps est serré. Sarah, toujours aussi belle. Cole va bien ? Casey, ta mère fait une tarte fantastique... Jonnhy Boy.
-Qu'est ce que tu viens de dire Bartow... »

Mais Casey n'eut pas l'occasion d'achever sa question. L'homme à l'aileron capillaire et celui au bandeau émergèrent des deux côtés de la porte. Le plus petit découvrit son œil droit, et pendant une fraction de seconde le Colonel et Sarah purent apercevoir un iris rouge vif, fraction de seconde au bout de laquelle ils perdirent pied et s'écroulèrent au sol, évanouis. Bryce les observa quelques secondes avant de commenter par un :

« Chuck, t'as pris ton temps... »

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